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Histoire de Timbres Français

Philatélie et histoire : Les « Boules » de Moulins

Philatélie et histoire : Les « Boules » de Moulins

En 1870, après la capitulation de Sedan, les armées prussiennes déferlent sur le nord de la France. Ils encerclent Paris du 17 septembre 1870 au 28 janvier 1871. Dès lors, la capitale est coupée du monde ! Quand les communications deviennent impossibles, les parisiens vont trouver avec le courrier un allié de circonstances…

Pli, avec « Formule aux drapeaux », transporté par ballon monté (Le Daguerre)

Reste alors aux parisiens à trouver un moyen de communiquer avec l’extérieur. Le 23 septembre a lieu une première tentative. Ils envoient vers la province un ballon à gaz (ou ballon monté) chargé de 125 kg de dépêches officielles, de journaux et de lettres, piloté par des aérostiers. L’opération est un succès. Après un vol de 3h15 pour 104 km, l’équipage et le chargement atterrissent à Orléans, derrière les lignes prussiennes.

C’est dans ce contexte qu’a lieu une tentative particulièrement ambitieuse de mettre en place un moyen de communication depuis la province vers Paris !

Le Gouverneur militaire de Paris, le général TROCHU, est intéressé par le projet de M. Robert qui propose de larguer une boule de zinc remplie de lettres qui serait repêchée dans Paris au moyen d’un filet tendu. Le  brevet est déposé le 23 novembre 1870 par MM. ROBERT, DELORT et VONOVEN.

Après  un  essai  réussi, M. RAMPONT, Directeur  général  des  postes, signe  un  contrat  avec  les inventeurs.

Le 7 décembre  le  ballon  Denis  PAPIN  emporte  MM. DELORT  et  ROBERT. Ils  sont  chargés d’organiser, en collaboration avec M. STEENACKERS, Directeur des Télégraphes et des Postes délégué à Tours, l’acheminement du courrier de la province vers Paris au moyen de leur invention.

Le principe ? Enfermer des lettres – 500 à 800  par boule, soit environ 40 000 lettres – dans des boules en zinc de 2 à 2,4 kg (appelées « boules de Moulins », car fabriquées dans cette ville) munies d’ailettes, de les jeter dans la Seine et attendre que le courant les porte jusqu’à Paris.

Le public est informé par voie d’affiche qu’un nouveau procédé est utilisé pour faire entrer les correspondances dans la ville assiégée.

Les lettres doivent être affranchie à 1F au lieu des 20 centimes du tarif normal, ne pas dépasser 4g et l’adresse doit spécifier «  Paris par Moulins ».

Le bureau de poste de Moulins (Allier) est choisi pour centraliser les lettres destinées à Paris. Les boules sont soudées et transportées de Moulins à Cosne où elles sont stockées.

M. DELORT transporte  les  boules  à  pied  ou  en  voiture  à cheval de Cosne jusqu’à Thomery ou Samois, entre Bray-sur Seine et Montereau, où elles sont les immergées  dans la Seine du 4 au 28 janvier 1871.

En théorie, l’idée était ingénieuse. Dans la réalité, elle s’avère catastrophique. Certaines boules s’envasent en amont de Paris, d’autres passent au travers des filets de pêche tendus  à  Paris  pour  les  récupérer, mais fragilisés  par  le  gel. Et pas une seule n’arrive à bon port !

Le 10 février, 14 600 lettres sont encore en instance d’expédition à Moulins. Des boules étant en attente à Cosne !

Lettre issue d’une boule de Moulins avec cachet rouge « Secours aux blessés militaires » (Départ d’Alençon)

Ces données permettent de distinguer deux catégories de correspondances adressées à « Paris par Moulins » :

– Lettres effectivement issues des boules immergées et repêchées.

– Lettres transportées par voie terrestre.

Timbre de 1979 représentant une boule de Moulins illustrant le parcours Bray sur Seine/Paris

Lettres issues de boules immergées :

Un certain nombre de boules ont été repêchées dans la Seine après la fin du siège de Paris, le 12 février 1871, le 6 mars 1871 aux Andelys, en 1942, en 1952, le 8 aout à St Wandrille-la-Rue,  le 14 avril 1982 à Vatteville-la-Rue, et en 1988.

Si certains repêchages sont identifiés (les lettres portent généralement un cachet à date, ou à griffe spéciale (Quillebeuf-sur-Seine, Saint Wandrille, Vatteville-la-Rue).

D’autres repêchages ont eu lieu dans des endroits non identifiés : les lettres peuvent néanmoins présenter des timbres à date permettant de dater le repêchage.

Certains des repêchages effectués au XXème siècle sont clandestins et l’on peut supposer que les lettres contenues dans ces boules se retrouvent discrètement sur le marché philatélique. Elles ne présentent ni griffe ni cachet à date de transit ou d’arrivée. Ces lettres sont généralement en mauvais état.

Les lettres dont les timbres-poste se sont décollés du fait de l’immersion sont parfois frappées du cachet P.P.

Lettres acheminées par voie terrestre :

Il semble qu’un fonctionnaire du ministère de l’agriculture soit entré dans Paris après l’armistice en ramenant clandestinement du courrier avec la griffe du ministère, et qu’il a posté à Paris le 2 février 1871.

Le 10 février 1871, 14 000 lettres sont découvertes à Moulins. Les accords d’armistice interdisent l’acheminement vers Paris de ces lettres cachetées. Il est décidé d’acheminer celles-ci groupées en 15 paquets dissimulées dans des sacs de riz d’un convoi de chemin de fer du ministère de l’Agriculture.

Le convoi a quitté Moulins le 11 février pour parvenir à Paris le 12 où elles ont été remises à l’Administration des Postes et frappées d’un cachet à date d’arrivée du même jour.

Les boules stockées à Cosne sont vidées de leur contenu. Ces lettres sont envoyées à Paris dès qu’il est possible d’acheminer des correspondances cachetées, après le 14 février.

Elles arriveront à Paris les 17 et 18 février 1871 où elles recevront, en principe, un cachet à date du même jour.

Lettres en provenance de l’étranger :

Certaines lettres adressées à Paris par Moulins étaient de provenance étrangère. Certaines ont été acheminées jusqu’en France et mises à la poste de Bordeaux, de Marseille ou de Moulins.              Le contenu de la lettre doit impérativement attester l’origine étrangère : Belgique, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Suisse et Portugal.

Chaque  fois, l’administration  postale  cherche  à  remettre  les  lettres  aux  descendants  des destinataires d’origine suivant le principe de sa mission : « La distribution du courrier n’a pas de limite de temps. Le courrier confié à La Poste doit arriver coute que coute » !

Ouvrez l’œil lors de vos prochaines promenades sur les bords de Seine,vous n’êtes pas à l’abri d’une découverte du plus haut intérêt historique !

Lettre illustrant cet article dont les cachets permettent de reconstituer le parcours : postée à Dax le 28 décembre 1870, elle est repêchée à Mantes-sur-Seine le 13 mai 1873 et délivrée à son destinataire, un avocat parisien, dès le 15 mai.

Outre les ballons montés (ou non montés) et les boules de Moulins, d’autres moyens ont été testés avec plus ou moins de réussite … !

Des chiens, des scaphandres, des sacs de riz, des pigeons…

Mais ceci est une autre histoire qui fera l’objet d’autres articles …

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